Artiser Septembre 2016, TURNER


Artiser / samedi, septembre 3rd, 2016

William Turner

Sylvia Bel et François Lupu

John Mallord William Turner (Londres, 1775 – Londres, 1851)

Une personnalité difficile

Quelle personnalité hors du commun que celle de William Turner. Solitaire en diable, parfois agressif avec les gens, protégeant de manière farouche sa vie privée (nous ne connaissons pratiquement rien d’elle) et entièrement centré sur son travail et son oeuvre durant toute sa vie. En fait, Turner n’a eu de cesse tout au long de sa vie que de brouiller les pistes et de tendre plusieurs visages contradictoires.

Une formation traditionnelle

Pourtant rien de plus banal et traditionnel que les commencements artistiques de Turner. Fils d’un barbier perruquier de Londres, le jeune homme suit le parcours des artistes de son temps en étudiant, à partir de 1789, à l’Académie Royale. Parallèlement, il entre dans les bureaux d’un dessinateur topographique, Thomas Malton. Les années 1792-1796 sont particulièrement importantes dans sa formation : il effectue ses premiers voyages au pays de Galles et dans le Kent, où il recherche des paysages et des vues pittoresques à peindre, auprès de Thomas Girtin, 1775-1802, (Thomas Girtina a joué un rôle artistique majeur en établissant l’aquarelle comme un art reconnu. Réagissant à la mort prématurée de son ami, Turner déclara que « si Girtin avait survécu, je serais mort de faim ; Had Tom Girtin lived I should have starved)

Le paysagiste singulier

En 1802, Turner entre à l’Académie Royale avec la volonté affirmée de donner lettres de noblesse au paysage. Très vite, il traite de manière singulière et expérimentale les techniques de l’huile, de l’aquarelle ou de la gravure. Difficile à circonscrire dans une seule catégorie, il est à la fois réaliste, romantique et encore lié à la peinture historique. Il puise son inspiration dans l’art des paysagistes classiques, Wilson d’abord, Poussin et Claude Lorrain, plus tard les Hollandais du siècle d’or, rivalisant parfois explicitement avec eux. Richard Wilson (1713/14-1782) fut capital pour Turner. Il joua un rôle de premier plan dans le développement du paysage anglais. On peut le comparer à celui de Reynolds dans le domaine du portrait, car il contribua éminemment à la diffusion de l’esthétique classique en Angleterre. Mais, tandis que Reynolds s’inscrit dans une longue lignée de portraitistes dont il hérite une partie des formules de son art, Wilson n’a d’autres prédécesseurs que des peintres de vues topographiques. L’apport de Wilson est immense, car il ne se contente pas de reprendre à son compte l’idéal de « grand style » de l’époque : au-delà des procédés formels du classicisme, il manifeste une imagination contemplative qui fait de lui l’héritier authentique de Claude Lorrain et le premier des grands poètes du paysage anglais. Avec Wilson, comme l’écrit Ruskin, « l’histoire du paysage véridique, fondé sur un amour contemplatif de la nature » commence en Angleterre.

L’homme qui voyage pour son œuvre

Les voyages sont très importants dans la vie créative de Turner : ses carnets d’esquisses lui servent de source, à partir de laquelle il élabore ses peintures. Tout est prétexte à travail, compositions, peintures. En fait, la vie de Turner est entièrement guidée par son travail : expositions et cours à la Royal Academy, séjours chez ses protecteurs où il poursuit ses recherches, nombreux voyages en Grande-Bretagne et sur le continent en quête de nouveaux sujets. Sa formation de topographe en fait un observateur appliqué, extrêmement attentif à la nature et aux phénomènes atmosphériques (les titres de ses tableaux témoignent de ce souci). Il s’inscrit dans une approche de la peinture comme expérience, alors qu’un peintre tel que Constable lui préfère une observation rigoureusement scientifique.

L’œil solaire

Turner plonge le spectateur au cœur des forces de la nature, au centre des phénomènes lumineux (« La lumière l’aveugle. Il ne voit plus rien, qu’elle », écrivait Elie Faure à son sujet). Il met en pratique dans sa peinture le principe de Goethe exposé dans « La Théorie des couleurs », selon lequel « l’œil est solaire », car il doit son existence à la lumière. Dans la peinture de Turner, le sujet s’efface au profit d’une recherche technique qui privilégie la couleur.

Une dématérialisation

la dématérialisation progressive du sujet aboutit à une abolition presque totale des formes et à l’adoption d’une palette audacieusement lumineuse dont se souviendront les impressionnistes. N’oublions pas que Monet A la fin de l’année 1870, fuyant la guerre, s’installe à Londres où il va demeurer plusieurs mois ? c’est là qu’il découvre les oeuvres de William Turner (1775-1851), notamment celles, exposées à la National Gallery, appartenant aux legs faits par le peintre à la nation britannique car, en léguant ses œuvres à la nation britannique, Turner joua aussi un rôle pionnier dans la constitution de musées d’artistes.

Turner, la lumière, les jaunes, les bleus, un merveilleux mélange surprenant qui ouvre la porte à l’imagination. En un mot, la création, l’influence, classique et avant-gardiste.

Quelle académie

Comment ne pas admirer!

Pistes pour aller plus loin

Catalogues

Turner et ses peintres Catalogue de l’exposition aux Galeries nationales, Grand Palais 24 février 2010 – 24 mai 2010 Paris, RMN, 2010

Turner et ses peintres. Le petit journal Paris, RMN, 2010

Turner, Whistler, Monet Catalogue de l’exposition aux Galeries nationales du Grand Palais Octobre 2004 – janvier 2005 Paris, RMN, 2004

Catalogue de l’exposition aux Galeries nationales du Grand Palais Octobre 1983 – janvier 1984 Paris, RMN, 1983

S.B et F.L

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