Emission du 29 avril 2015


Emission / mercredi, avril 29th, 2015

Émission animée par Michel Bernard

La POÉSIE, ce regard singulier sur la VIE

C’est le commentaire de Grand corps malade sur la poésie qui commence cette émission.

Puis cette citation de Paul Valéry : La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague que ce vague de leur idée est pour eux la définition de la poésie.

Alors allons interroger Rainer Maria RILKE et plus précisément son livre : LETTRE à UN JEUNE POÈTE.
Je vous propose l’édition folio plus, Classiques. Elle est très peu coûteuse et de qualité pour la mise en perspective en six points. Livre indispensable, peu importe votre âge.

Que dit Rainer à Franz Xavier Kappus?
« Votre regard est tourné vers l’extérieur, et c’est d’abord cela que vous ne devriez plus faire. Personne ne peut vous conseiller ni vous aider, personne. Il n’existe qu’un seul moyen  :plongez en vous-même; recherchez la raison qui vous enjoint d’écrire… »
« Avant toute chose, demandez-vous, à l’heure la plus tranquille de votre nuit  :est-il nécessaire que j’écrive? Creusez en vous-même cette quête d’une réponse profonde. Et si elle est positive… construisez alors votre existence en fonction de cette nécessité  ;jusque dans ses moindres instants les plus insignifiants, votre vie doit être le signe et le témoin de cette impulsion. Rapprochez-vous alors de la nature… »
Je vous invite à nouveau à lire et relire ce merveilleux livre.

Que dit ARTHUR RIMBAUD (1854 1891 ) dans la lettre du voyant?

« Car JE est un AUTRE… La première étude de l’homme qui veut être poète est sa propre connaissance, entière; il cherche son âme, il l’inspecte, il la tente, l’apprend. »
« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant. Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens… »

EN VOYAGE

  • Nous sommes allés au deuxième festival international de poésie à CAMPS la SOURCE -près de Brignoles dans le Var- les 11 et 12 avril. Thème cette année : LE MITAN DE LA VIE.
    Hélas! l’enregistrement, le dimanche, sur la place de l’Église, est de qualité moyenne. C’est pourquoi il n’est pas intégré à cette émission.
    Bravo à l’association LOU Libre PER TOUTEI.
    Amitié à Christophe FORGEOT. Je vous invite à visiter son site. https://christopheforgeot.fr/
  • Ana en studio nous fait partager sa découverte d’un poète anglais.
    Qui est ce poète?
    Ted HUGHES est un poète et écrivain britannique, né le 17 août 1930, et décédé le 28 octobre 1998 des suites d’un cancer.
    Il est principalement connu pour sa poésie, pour laquelle il a été honoré du titre de “Poet Laureate” encore délivré au Royaume-Uni. Le Times le classe au 4e rang de sa liste des 100 plus grands poètes britanniques depuis 1945.
    Parmi les œuvres du veuf de Sylvia Plath, Crow (1970), Birthday letters (1998) sont certainement les plus remarquables, dont une version bilingue est disponible.

Extrait du texte qu’elle a elle-même traduit

En 1986, 23 ans après la mort de Sylvia Plath, le poète Ted Hughes a écrit une lettre à leur fils de 24 ans, Nicholas dans laquelle, tout à fait admirablement il lui conseille d’embrasser son enfant intérieur, afin d’éprouver la vie à son maximum, et pleinement. Voici un extrait traduit en français :
[…] De plusieurs façons manifestement tu es encore puéril – Comment ne pourrais-tu pas l’être, toi seul parmi les Hommes? C’est une chose dont les gens ne parlent pas, parce que c’est une chose dont la plupart ne sont conscients que seulement comme une crise générale d’un sens d’inadéquation, ou de dépendance impuissante, ou d’une solitude futile, ou un sens de ne pas avoir un ego assez fort pour rencontrer et maîtriser ses orages intérieurs qui proviennent d’un angle inattendu. Mais peu de gens réalisent que c’est, en fait, la souffrance de l’enfant à l’intérieur d’eux.
Tout le monde essaye de protéger ce vulnérable enfant de deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit ans à l’intérieur, & d’acquérir des compétences & des aptitudes pour gérer ces situations qui menacent de le submerger. Alors tout le monde développe une armure entière d’un soi secondaire, le soi artificiellement construit étant celui qui s’occupe du monde extérieur, & la cohue des circonstances. Et quand nous rencontrons des gens, c’est cela que nous rencontrons habituellement. Et si c’est seulement cette partie d’eux que l’on rencontre, nous sommes susceptibles d’avoir des moments difficiles, & finir par ne plus avoir ‘aucun contact’. Mais quand l’on développe un sentiment divinatoire fort pour l’enfant derrière l’armure, & l’on fait des affaires & des négociations avec cet enfant seulement, l’on trouve que tout le monde devient, en quelque sorte, comme son propre enfant. C’est une chose intangible. Mais eux aussi ressentent quand c’est à cela que l’on essaye de faire appel, & ils répondent avec une impulsion de vraie vie, l’on a un petit éclat de la personne essentielle, qui est l’enfant.
Habituellement, cet enfant est un petit être misérablement isolé. Il a été protégé par l’armure efficace, il n’a jamais participé dans la vie, il n’a jamais été exposé à la vie & à s’occuper les affaires de la personne, il ne lui a jamais été donné la responsabilité pour en avoir fait les frais. Et il n’a jamais vraiment vécu. C’est comme cela en presque tout le monde. Et cette petite créature est assise là, derrière l’armure, scrutant à travers les fentes. Et en lui-même, il est encore sans défense, incapable, inexpérimenté. Chaque personne est vulnérable à une défaite inattendue dans ce plus intime soi émotionnel. À chaque moment, derrière l’apparent adulte extérieur le plus efficace, le monde entier de l’enfance de la personne est en train d’être soigneusement tenu comme un verre d’eau bombé au-dessus du bord. Et en effet, cet enfant est l’unique vraie chose en eux. C’est leur humanité, leur vraie individualité, celle qui ne peut comprendre pourquoi elle est née & qu’elle sait qu’elle devra mourir, dans peu importe l’endroit bondé ou pas, assez tout seul. C’est le porteur de toutes les qualités vivantes. C’est le centre de toute la magie & la révélation possible. Tout ce qui ne vient pas de cette créature ne vaut pas la peine d’être eu, ou seulement en tant qu’outil – pour que cette créature l’utilise et le fasse valoir et le rende significatif. Alors voilà. Et le sens de lui-même, dans ce petit être, à son noyau, est ce qu’il a toujours été. Mais vu que ce moi artificiel secondaire a pris le contrôle de la vie autour de l’âge de huit ans, & a relégué le vrai, vulnérable, hypersensible, moi souffrant dans sa nursery, il a manqué d’entraînement, ce prisonnier intérieur. Et ainsi, où qu’il aille la vie le prend par surprise, & soudainement le moi artificiel des adaptations s’avère inadéquate, & ne parvient pas à repousser l’invasion d’expériences crues, ce moi intérieur est envoyé en première ligne – non préparé, avec toutes ses terreurs d’enfance autour de ses oreilles. Et pourtant c’est le moment qu’il veut. C’est là qu’il s’anime – même si c’est seulement pour être accablé & déconcerté & blessé. Et c’est là qu’il mobilise ses propres ressources – pas d’aide artificielle, ramassée dehors, mais de vraies ressources intérieures, de vraies compétences biologiques pour l’aider à supporter, & faire valoir, & se divertir.

C’est le paradoxe: la seule fois où nombreux d’entre nous se sentent en vie c’est quand ils sont entrain de souffrir, quand quelque chose accable leur ordinaire, soigneuse armure, & l’enfant nu est jeté dans le monde. C’est pour cela que les pires choses à endurer sont meilleures à se rappeler. Mais quand cet enfant se fait enfouir sous sa coquille adaptative & protectrice – il devient un des morts-vivants, un monstre. Alors quand on réalise qu’on a vécu quelques semaines sans avoir senti cette affreuse lutte de son moi enfantin – luttant pour se soulever de cette inadéquation & de cette incompétence – on réalise que l’on a vécu quelques semaines sans rencontrer de défi, et sans grandir, et que l’on a vécu quelques semaines vers la perte de contact avec soi-même. Le seul calibrage qui compte c’est combien d’attention est ce que les gens investissent, combien est-ce qu’ils ignorent leurs peurs d’être blessés ou d’être pris en défaut ou humiliés. Et la seule chose que les gens regrettent c’est qu’ils n’aient pas vécu assez audacieusement, qu’ils n’aient pas investi assez d’attention dans certaines choses, qu’ils n’aient pas assez aimé. Tout le reste ne compte ne compte pas vraiment.

C’était un proverbe sur les figures nobles des vieux poèmes irlandais – il donnerait ce faucon à n’importe quel homme qui le demanderait, pourtant il aimait son faucon plus que n’importe quel homme aujourd’hui aime sa femme de demain. Il pleurerait pour un chien avec plus de chagrin que n’importe quel homme aujourd’hui pleurerait pour son père. Et c’est comme cela que l’on mesure notre vrai respect pour les gens – par le degré de sentiments qu’ils peuvent manifester, la tension de vie qu’ils peuvent porter & tolérer – et se divertir. Fin du sermon.
Comme Bouddha le disait : Vis comme une rivière puissante. Et comme les vieux Grecques ont dit : Vis comme si tous tes ancêtres vivaient encore une fois à travers toi.
Live Like a Mighty River
Traduction : Ana (17ans)
Quant à ses commentaires personnels, écoutez là

  • Puis nous partons Découvrir
  • En France, Victor HUGO.
    Et SURPRISE, la voix de Gaston BACHELARD pour LA POÉSIE de la MAIN, 1952. Archives Sonores INA GASTON BACHELARD
  • Pour la chine, François CHENG
  • Pour l’Inde, Rabindranath TAGORE
    Extrait de l’Offrande Lyrique. Traduction André GIDE, qui a résidé à Cabris, près de Grasse.
  • Pour l’Amérique latine, Pablo NERUDA.
    NERUDA meurt quelques jours après Allende, dans un hôpital, d’un cancer… pendant les escadrons de Pinochet «purifiaient» Santiago en pissant dans sa maison et en détruisant ses livres.
    Son dernier poème, il l’a écrit sur le lit d’hôpital ,quelques jours avant sa mort, pour MATILDA sa femme. Émouvant poème.

Et à nouveau ce texte sublime il meurt celui…

Selon Fernando PESSOA, portugais, il y a en nous deux êtres. Le premier, le vrai selon lui, c’est celui de nos songes, de nos rêves qui naît dans notre enfance et continue toute la vie. Le second est celui des apparences, des discours, de nos actes, de nos gestes.

Nous habitons la terre prosaïquement et poétiquement. Dans notre société, la prose domine la poésie. Il y a la prose de la vie et de façon hélas inférieur la poésie de la vie. Notre monde monétarisé, déboussolé, en miettes, compartimenté, tant dans la vie que dans la pensée est celui de l’hyper prose.
Et si le salut était dans la poésie et dans l’interaction prose-poésie ? Et si l’amour comme inespéré était par avec et en poésie ?

Il y a un message politique du poète : dépasser la politique.
Le devenir pose problème et il en sera à jamais ainsi.
Le regard de la poésie est irremplaçable.
La poésie nous redit sans cesse : il n’y a pas d’existence sans état poétique.
ALORS sans tarder, reprenons un petit carnet et poursuivons les petits poèmes de notre enfance.
AUTORISONS-NOUS.

ANNEXE

Quelques citations sur la poésie:

  • La poésie est une salve contre l’habitude
    Gerardo Diego
  • La poésie est une aventure vers l’absolu.
    Pedro Salinas
  • Le poème, cette hésitation prolongée entre le son et le sens.
    Paul Valéry
  • Créer ce que nous ne verrons jamais : c’est cela la poésie.
    Victor Hugo
  • Sans le rêve, il n’y a pas de poésie possible. Et sans la poésie, il n’y a pas de vie supportable.
    Pasteur Vallery-Radot
  • Un poète doit laisser des traces, non des preuves. Seules les traces font rêver ?
    René Char
  • La poésie, c’est le plus joli surnom qu’on a donné à la vie.
    Jacques Prévert.
  • La poésie, c’est tout ce qu’il y a d’intime en tout.
    Victor Hugo
  • Les hommes se servent des mots ; le poète les sert.
    Octavo Paz
  • La poésie est cette musique que chacun porte en soi.
    William Shakespeare
  • Dans toute poésie, il y a une lutte secrète entre l’infini du sentiment et le fini de la langue dans laquelle cet infini se renfermer sans se limiter.
    Baudelaire

Et VOUS ?

Michel Bernard

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