Lettre de mon village – 15


Cabris / dimanche, mars 21st, 2021

Cher ami,

Pâques. Fête majeure pour les chrétiens. Avec cette question : si le Christ n’est pas ressuscité, pourquoi cette religion?
Jésus est une personne historique déterminante dans l’histoire de l’humanité. Mais sans sa résurrection, l’au-delà s’effondre. Il reste alors son témoignage, son message incomparable. La question de l’au-delà me préoccupe peu, car essayer de vivre pleinement comme humain est selon moi compatible avec l’au-delà. Et s’il n’y en a pas, alors notre vie unique sur cette terre est à imaginer, à concrétiser, à incarner encore plus. Mais la question de Dieu est en moi. Le doute témoigne de mon questionnement. J’admire le vrai croyant. Quant à celui qui est sûr de l’absence de Dieu, il me questionne dans son assurance.

Le parcours de vie est pour moi l’objet d’un questionnement permanent. En ce qui me concerne, quelques rites ont marqué les trois étapes. Celle de l’enfance se terminait par la première communion et la communion solennelle. Entrer dans la vie adulte après l’étape de l’adolescence impliquait et le mariage et le travail. Alors adulte, il convenait d’attendre la vieillesse. Après un plateau, une descente plus ou moins lente. Il y a alors le départ à la retraite qui est départ pour aller où? Des rites secondaires lors des deux premières étapes. Je pense pour moi au scoutisme.
Désormais selon moi, la vieillesse devient de plus en plus une étape pleine. Celle où il convient de maintenir en tout une bonne santé (ce qui commence dès l’enfance). Elle implique une autre conception de l’activité que l’étape de l’adulte. À mon avis, possiblement bien plus riche.

En produisant sa vie, on se produit. Désormais l’éducation est celle de tout l’être tout au long de sa vie.
Mais il faudra sans doute de 1 à 3 générations pour cela de façon significative. En attendant, poser des repères en parole et en acte. Vivre en bonne santé -au delà l’espérance moyenne de vie- c’est pouvoir offrir aux humains un plus incarné pour plus d’humanité.

Rien n’est acquis. Tout est fragile. Mais l’imagination, la création, la connaissance, l’amour, la solidarité sont tout au long de la vie.
Nous oscillons entre deux pôles : l’un est doctrinaire, formaté, défini, à subir et l’autre est à imaginer à construire. Le second pôle est bien sûr le plus vivant, le plus créatif. Il est le plus risqué. Mon identité ne cesse d’évoluer et ma personnalité ne cesse de s’enrichir. D’où l’importance de notre potentiel. Je pense de plus en plus qu’il fonde l’amour et l’amitié bien plus que quelques éléments comme le physique, le statut et même une beauté plastique à ne pas confondre avec la beauté lumineuse. Parce que c’est lui, parce que c’est moi. Mais non seulement ce qui est (encore moins bien sûr ce qui paraît!), mais ce potentiel qui ne cesse de me surprendre, de surprendre l’autre, de nous surprendre. Cette conception est exigeante et se prépare dès l’enfance par l’éducation de tout l’être tout au long de sa vie.
La pandémie nous redit nos limites. Notre devenir nous invite à valoriser notre potentiel.

Trois soirs de suite, à la télévision, un reportage terrible sur la Syrie, pays où je suis allé. Jeux complexes de pouvoirs que le peuple martyr paie de son sang.
Position claire du président américain à l’égard du président russe : «c’est un tueur» !
Évolution redoutable de la Chine et tentative collective des EU pour y faire face. Là serait la troisième guerre mondiale déjà engagée par des actions rampantes ?

Faiblesse et incertitude de l’Europe. Profonde tristesse.
En France, la politique joue déjà aux élections présidentielles.
Où sont les raisons d’espérer ? Il y en a et je veux les explorer.
Le printemps s’amplifie et la nature en témoigne. Surprise, émerveillement comme si c’était la première fois.
Période de nettoyage et de micro-chantiers pour améliorer ici le cadre de vie au quotidien, y compris le jardin. Alternance du travail dit manuel et du travail dit intellectuel.
J’assume ma solitude, mais elle reste solidaire dans l’attente de rencontres, de voyage. Conscient que l’amitié et l’amour sont irremplaçables.

Je suis heureux de tes nouveaux projets. Nous en parlerons bientôt en face à face.

Avec mon amitié.

Michel,

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